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MYSTÈRES
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Voici la chronique désopilante d'un petit lapin à l'assaut des "Mystères d'Avignon". Le feuilleton des aventures de Lapin Agile figure à chaque parution de notre journal : "Les nouvelles d'Avignon Patrimoine".
- Lapin Agile nous fait découvrir qu'Avignon a ses mystères
Un jour, au siège de notre association, vint le célèbre chroniqueur mondain Lapin Agile. Il nous déclara tout de go : « Vous croyez bien connaître Avignon ? Vous croyez qu'elle se chauffe tranquillement au soleil et que le mistral achève de balayer tout ce qui pourrait s'y cacher de mystérieux ? Les "Mystères d'Avignon" valent bien les fameux "Mystères de Paris" ! Laissez-moi vous en instruire !».
Sans tergiverser plus longtemps et séduits par ses allures mystérieuses, les responsables de notre association, l'engagèrent comme chroniqueur.
Pour son début de chronique, s'inspirant des célèbres voyageurs du passé, Lapin Agile nous conta sa première rencontre avec Avignon, sortant du train en notre gare centrale.
Avignon... cela m'évoquait un pont, une chanson de rondes enfantines, une ville dédiée au théâtre, une ville perchée sur son Rocher des Doms et cuisant au soleil. Mais quand je descendis du train en ce jour d'hiver, le froid me saisit, amplifié par ce terrible vent du nord qu'est le mistral.
Brrr ! C'était sans parade ! Je courus pour éviter de succomber à l'engourdissement et, dès que je le pus, je quittai cette artère rectiligne qu'est l'avenue de la République pour emprunter une ruelle étroite et courbe... jusqu'à me perdre dans une rue qui ne ressemblait à rien. Je me demandai qui avait pu concevoir quelque chose d'aussi baroque ! Il y avait pourtant une plaque indiquant un nom "rue Saluces", mais un nom, c'est maigre comme point de repère. Je me murmurai : « C'est Dédale qui a dessiné cette ville... Enfin, personne ne m'attend, alors libre à moi de m'égarer ! ».
Oh, chers lecteurs, je ne croyais pas si bien dire ! Parfois, il suffit de rêver un peu pour se retrouver dans un univers magique qui n'est - après tout - que l'envers de ce monde auquel nous sommes si habitués.
Cette rue formait un coude, puis partait à angle droit entre deux murs de pierre, laissant apparaître des frondaisons au-dessus. Je m'engageai dans ce passage, espérant déboucher sur une vraie rue et retrouver la ville, mais un mur barrait la voie. Je rebroussai chemin, mais, une fois passé le coude, un autre mur se dressait. Comment était-ce possible ? Comment pouvais-je être ainsi cerné de toutes part ? Je me pinçai le bras pour me réveiller et oublier ce cauchemar, mais j'étais bel et bien piégé... et les parois latérales étaient trop hautes pour envisager de les escalader.
Aïe !!! J'étais plongé en plein mystère : comment donc allais-je pouvoir m'en tirer ?
- En dessous des pavés d'Avignon
Vous vous souvenez que j'ai conclu le dernier épisode des mes aventures par : «Comment donc allais-je pouvoir m'en tirer ?». J'étais bien loin du compte : je n'allais par tarder à découvrir que j'allais devoir, pour commencer, affronter le mystère de la Sorgue !
Coincé de toutes part entre de hauts murs, ne pouvant grimper aux murailles et n'étant pas un lapin volant, il me restait... le sol. J'examinai les lieux : la calade (pavement de galets) qui, autrefois, couvrait le sol, présentait de grands manques. Il me semblait même qu'un orifice apparaissait sous les galets. M'approchant au plus près, je découvris qu'une voûte existait, couvrant sûrement une sorgue.
Pour les nouveaux venus en Avignon qui ne sauraient pas ce qu'est une sorgue, c'est une petite rivière. Dans le centre-ville, une sorgue n'a pas sa place à l'air libre (dommage !). Dans ce cas, les sorgues désignent une des multiples rivières souterraines qui traversent la ville. On en trouve aussi à l'air libre dans la rue des Teinturiers et dans les environs d'Avignon... ce qui nous vaut une citation littéraire appropriée : « Ces murailles, en partie baignées par la Sorgue, et garnies de tours et de créneaux, sont moins un objet d'utilité que d'ornement », disait La Bédoyère. Certes, les Sorgues sont jolies mais les teinturiers ont su utiliser son eau, non seulement comme source d'énergie (pour faire tourner les roues à aube) mais aussi pour rincer les étoffes des teintures qui les imprégnaient.
Laissons là mes réminiscences littéraires et mes réflexions sur l'utilisé d'une sorgue et voyons à me trouver une issue, marmonnai-je pour me rassurer.
Le trou était vaste. Il suffisait de desceller quelques cailloux pour y mieux voir et envisager d'y descendre. Le mortier était devenu poudre et j'eus vite fait de dégager un vrai passage. Le faisceau d'une torche électrique, issue de ma sacoche, montra bien qu'un cours d'eau passait dessous et, invitation au voyage, une margelle de pierre formait un quai où une barque s'y trouvait obligeamment amarrée. Cela me parut le signes évident qu'une croisière souterraine m'attendait...
Je saisis mon téléphone portable pour avertir au moins quelqu'un de mon aventure. Moi qui croyais simplement raconter des histoires, ne voilà-il pas que je me retrouvais dans l'histoire ? Mais pas de réseau et je rangeai donc mélancoliquement mon portable. Un peu frissonnant, je m'aventurai vers la seule issue qui me restât : les entrailles de la terre....
- Le fantôme du Pénitent Gris
Nous, à l'association, nous prenons le relais de Lapin Agile. Vous vous souvenez sans doute que, dans le dernier numéro des "Nouvelles d'Avignon Patrimoine", au moment de mettre sous presse, et après une ultime communication, nous étions sans nouvelles de notre infatigable voyageur. Rassurez-vous, nous avons réussi à avoir des nouvelles que nous vous communiquons sans tarder.
Nous avons donc reçu un étrange coup de fil de Lapin Agile. Son portable passait très mal, comme s'il se produisait d'étranges interférences. Il nous raconta en quelques mots qu'il avait pris la barque miraculeusement amarrée au bord de la Sorgue souterraine et qu'il s'en était allé au fil de l'eau. Très vite... issue de l'ombre... une fumeuse silhouette se forma et lui parla d'une voix caverneuse. C'était un moine vêtu de bure d'une indéfinissable couleur brune qui lui indiqua - en confidence - que des fantômes menaient une existence mélancolique, attendant qu'un voyageur plus intrépide et moins incrédule que les autres consentît à les écouter. « Nous errons dans ce réseau souterrain pour n'avoir pas voulu croire au miracle qui eut lieu en cette chapelle il y a plus de 600 ans ».
Quand Lapin agile nous conta sa rencontre avec un fantôme, notre réaction fut... une incrédulité teintée d'un peu de moquerie :
— Vraiment, cher Lapin ? Es-tu sûr de n'avoir pas confondu un verre de pastis avec l'eau de la Sorgue ?
— Cessez de vous moquer de moi ! Je vous dis que j'ai rencontré un fantôme ! Alors, prenez note tant que je peux encore communiquer avec vous !
Comme à son habitude, mais d'une voix sépulcrale cette fois-ci, Lapin Agile commenca par une citation littéraire du meilleur effet : « Nulle part il ne pouvait y avoir le silence qui régnait dans la chapelle de la rue morte des Teinturiers. L'eau de l'inondation qui avait envahi la chapelle, les flots qui s'étaient ouverts ici dans un miracle, semblaient bercer ce silence obscur, avec les étoiles rouges des lampes de l'adoration perpétuelle ». Voyez, ajouta-t-il, même Elsa Triolet peu susceptible de mysticisme, est sensible à l'atmosphère des lieux ! Ici même, un miracle est survenu en l'an 1433. Oui, un mirâaaaacle !
Sur ce dernier mot, prononcé d'une voix mourante, la communication s'interrompit. La suite au prochain numéro, comme on dit dans les meilleurs feuilletons !
- Le miracle des eaux qui ne mouillent pas
Dans le numéro précédent, nous avions laissé Lapin Agile en lugubre conversation avec un moine fantôme qui lui relatait ses malheurs pour s'être montré incrédule face à un miracle arrivé en 1433.
Vous aimeriez sûrement en savoir plus sur ce miracle qui eut lieu voici preque six siècles ? en voici un récit circonstancié, écrit par un chroniqueur que nous commençons à connaître, Vandebrande :
« Les pluies excessives et continuelles ayant fait déborder le Rhône, la Durance et la Sorgue, les quartiers bas de la ville furent inondés au point que les eaux entrèrent, le 29 du mois de novembre (1433) dans l'église des Pénitents Gris. Les confrères, craignant qu'en grossissant elles ne montassent au-dessus du tabernacle où était exposé le Saint-Sacrement, décidèrent, le lendemain 30 novembre, de le faire transporter dans l'église située dans le quartier de la ville le plus élevé. Dans ce dessein, ils y abordèrent en bateau, au nombre de douze, un prêtre à leur tête.
Mais, quel fut leur étonnement, lorsqu'en ouvrant la chapelle, ils virent que les eaux étaient montées à droite et à gauche le long des murailles, à la hauteur de quatre pieds, et que, s'étant partagées, elles laissaient dans le milieu un passage libre et sec, qui conduisait jusqu'à l'autel où était exposé le Saint-Sacrement ! Les pieux confrères, à la vue de ce prodige, se prosternèrent la face contre terre et rendirent grâce au Sauveur, qui venait de renouveler le miracle qu'il avait opéré autrefois au passage de la Mer Rouge.
A peine revenus du saisissement qui s'était emparé d'eux, ils furent chercher les Frères Mineurs dont le Couvent était dans le voisinage, qui ont constaté le miracle. Les eaux s'étant enfin écoulées, le premier décembre, tout le monde courut en foule à la sainte Chapelle, où chacun vit des traces non équivoques de ce grand miracle. Puisque les livres, les papiers, les nappes, en un mot tout ce qui appartenait à l'autel, était parfaitement sec, personne n'eut droit de contester ce prodige ».
Note de la rédaction : cette dernière précision est d'une certaine importance, comme quoi le "politiquement correct" est loin d'être une invention moderne !
Cher lecteur, vous êtes sûrement en train de penser que tout cela est bien intéressant mais... qu'en est-il de lapin Agile ? Où le pauvre petit se trouve-t-il maintenant, aux mains d'une troupe de fantômes lugubres ? Ha ! vous allez devoir attendre jusqu'au prochain numéro pour le découvrir...
- De savoureux témoignages du passé
Alors, Lapin Agile est-il toujours vivant ? Ne s'est-il pas - lui aussi - transformé en fantôme ? En bien, non...
Il nous appela de son portable pour nous déclarer : « Manifestement, cher amis, cela a fait beaucoup du bien aux fantômes de communiquer avec une personne qui n'était pas incrédule. M'ayant raconté l'histoire des Pénitents Gris, ils soupirèrent, levèrent les yeux au ciel et... s'y engouffrèrent incontinent. Ce qui pour des fantômes - vous voudrez bien le reconnaître - est parfaitement logique ! Je retrouvai donc mon chemin vers la surface où les obstacles mystérieux avaient disparu ».
Trottinant d'un pas allègre et respirant le bon air printanier, Lapin Agile finit par se retrouver à l'étal d'un bouquiniste, ce qui n'est pas difficile en Avignon ! C'est une des joies de cette ville, que les nombreuses échoppes où on peut trouver toutes sortes de bonheurs en matière de livres et de vieilles revues. Bien décidé à faire profiter ses amis d'Avignon-Patrimoine de ses acquisitions, il se rendit au 22 rue Paul Manivet où il trouva notre présidente en pleine préparation de dossiers et de futures sorties. Tout fier de sa dernière trouvaille, il nous tendit... le programme très officiel des festivités théâtrales de 1925, une brochure au format de notre journal et épaisse d'une quarantaine de pages.
Lapin Agile nous conta qu'au fin fond presque obscur d'une petite librairie, il trouva... quelqu'un qui lui parut ressembler trait pour trait à... Marius Lechalier, l'aïeul de notre présidente et qui, tout souriant, pointa du doigt sur la brochure que, sans lui, il n'eut jamais songé à acquérir !
Nous découvrîmes ensemble que Marius Lechalier, le grand père de notre présidente, était secrétaire général de la mairie d'Avignon il y a plus de 80 ans. Rendons lui hommage, il fut un grand défenseur de notre cité en tant que lieu d'accueil du théâtre. On en trouve le souvenir dans le programme apporté par notre Lapin Agile, où il est dit, dans le style savoureux de l'époque : « M. Lechalier s'est appliqué à l'étude de cette question (les représentations du cycle du Moyen-âge) avec cette perspicacité qui lui est familière et dont il retire de si précieuses ressources pour mettre en lumière les projets de l'Administration dont il fut le si dévoué collaborateur ». Notre présidente remercie Lapin Agile en lui offrant moult carottes tendres ainsi qu'un thé anglais qu'il apprécie à sa juste valeur.
Feuilletant avec nous cet intéressant fascicule, nous sourions de concert en découvrant les noms de certaines entreprises qui font publicité :
"Cabane et Requin garagistes", "Habillez-vous au Bon Diable", " Graines et semences J. Avril"...
Tout un programme...
Vous voici donc rassurés sur le sort de Lapin Agile. Croyez-vous qu'il va enfin se tenir tranquille ?
- Le petit peuple des santons
En bien non... Cet incorrigible Lapin Agile n'en fait qu'à sa tête !
Vous vous demandez peut-être comment je vais passer les fêtes de Noël. Eh bien, comme... santon ! Me faufilant parmi les personnages de la célèbre crèche installée dans le péristyle de la Mairie d'Avignon, je trouverai sans doute un petit coin propice à mon repos. Ce que je trouve particulièrement touchant est que les animaux, tout comme les plantes et les arbres, n'ont pas été oubliés, témoignant ainsi d'une véritable humanité, celle qui respecte non seulement ses composantes humaines mais aussi tous les règnes du vivant. Je sais bien que je devrai me protéger du chasseur mais... je gage qu'une tendre grand'mère me prendra sous sa protection. Et puis, n'est-ce pas trêve en ces jour de fête ?
Si vous examinez attentivement chaque endroit de cet étonnant décor, vous me trouverez sans doute, à peine visible, au pied d'un des grands santons ! Ne manquez pas de me faire signe... je m'efforcerai de vous y répondre.
J'ai entendu dire que certains esprits chagrins auraient eu l'idée loufoque de vouloir supprimer ce village provençal (avec sa crèche il est vrai) sous prétexte que c'était là un témoignage religieux. Allons donc, cette idée n'a pu germer que dans la tête de quelqu'un qui ignore notre histoire, sachant que les personnages familiers ont bien peu de choses à voir avec l'Eglise (sauf les personnages de Jésus, de la Vierge, de Joseph et des Rois-mages). Encore que, ne font-ils pas partie de notre histoire ? Et ne sont-ils pas prétexte à rendre hommage à la vie quotidienne des gens qui construisirent, jour après jour et au fil de leur vie, l'histoire dont nous héritons aujourd'hui et que nous pouvons présenter fièrement à l'Europe ?
Oh la la ! Lapin Agile est en train de se prendre pour un "lapin politique" et bientôt pour un député au Parlement de l'Europe... En ces temps d'élection ou les candidats se canardent à qui mieux mieux, Lapin Agile va-t-il survivre à ces féroces affrontements ?
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